RetourDégustation du 12 décembre 2009 Mâchon lyonnais en Beaujolais Il est 16 h30. La nuit tombe. Sur une route introuvable, au bout d'un chemin humide, au milieu des bois, une chaumière, une odeur de fumée, quelques voitures serrées côte à côte. C'est là ! Deux marches branlantes. Nous y sommes. Dans la salle frisquette, la grande cheminée réchauffe les échansons frileux. Devant l'âtre, de gouleyantes bouteilles se pressent en rangs serrés. Pourquoi, se pressent-elles ainsi ? Pour se mettre en température, bien sûr. Autour de la table, à chaque arrivée, bruyantes valses hésitation. Puis enfin, une place pour chacun, chacun à sa place. Et le président ouvre le ban. Le maître de chais et le maître de bouche entrent en scène. Chacun se recueille : la soirée est lancée. Mâchon lyonnais contre beaujolais pas nouveaux. En douze rounds, comme d'habitude. Patrice nous rappelle fort à propos qu'il y a dix crus en Beaujolais. Et l'auriez-vous cru, il y en a un onzième, trompe-l'oeil : le beaujolais blanc. Et pour mieux nous esbaudir, Patrice attaque la dégustation avec ce mystérieux Emmeringes 2008. Denis a concocté une cervelle de canut pour accompagner l'inconnu. Les assiettes arrivent, élégamment portées par dames Claire, Catherine, Béatrice, Fabienne. Renzo cherche la cervelle. Curieusement il ne cherche pas le canut. Ah ! Ah! Il n'y a ni l'un ni l'autre dans une cervelle de canut. Seulement du fromage blanc et de la crème, avec des fines herbes. Et quelques secrets de fabrication. Qui régalent tout le monde. Le vin blanc aussi. Renzo s'inquiète. Est-ce du gamay ? Mais non ! C'est du chardonnay. Ah, ça change tout.Passons aux choses sérieuses. Aux vrais beaujolais. Bien rouges. Quelques cochonnailles vont accompagner ces premières dégustations. Rosette et Rocher de Lyon. Patrice commente le beaujolais village avec sa vista habituelle : c'est de la piquette. Non ! La moitié des échansons objecte. Il n'est pas si mal que ça. Caramba, les deux bouteilles ne sortent pas du même tonneau. Plutôt inquiétant ! Quant au Chirouble et au Fleurie, ils ne font pas le poids : ils sont écrasés par le Rocher lyonnais.L'incident beaujolais village s'évapore, le St-Amour réunit à nouveau les convives. Avec un saucisson lyonnais, aux pistaches, s'il vous plait. Pas une Morteau, Patrice ! Chaud, bien sûr, accompagné de petites pommes de terre, oui mais avec un beurre de persil, estragon, ail, je ne vous dis que ça. Un délice. Le Côte-de-Brouilly et le Brouilly Pisse Vieille ne font pas débat. Si ! Une convive demande si le Pisse Vieille a été sélectionné pour elle. Mais non ! Patrice est bien trop galant pour ça.Le plat de résistance s'avance, dans son tablier de sapeur, il étonne. Qu'est-ce donc ? Un peu de gras double, cuit pendant quinze heures, si,si, mariné dans du vin blanc pendant douze heures, et oui, pané, sauté à la poêle... Fameux, pas vrai ? Heureusement Philippe et Aurélien, d'un poignet ferme, remplissent les verres : Juliénas, Morgon, Moulin à vent. Il faut bien cela pour faire glisser ce plat typiquement lyonnais entre le palais et la langue, et le guider jusqu'à l'estomac. Les échansons donnent la palme au Morgon pour la lubrification. Mais le roi de la soirée, c'est le Juliénas. Médaille d'or, avec un velouté à vous faire oublier que c'est un beaujolais.Si vous avez bien compté, cela fait huit crus déjà dégustés. Il en reste donc... deux.Patrice, sur les conseils d'Internet, a demandé au maître de bouche de choisir un St-Nectaire costaud, pour accompagner le Chénas et le Régnié. Grand remue-ménage dans la foule ! Trop fort ce St-Nectaire, or not trop fort ? Il s'ensuit un débat animé sur l'accord fromage-vin. Patrice rappelle que le vin blanc est le meilleur ami du fromage. Mais impossible de faire l'unanimité. Il y a trop de sortes de fromages.Voilà, la soirée est finie. Non ! Les dégustations, comme les huîtres, il y en a treize à la douzaine. Guy, pas très emballé par le beaujolais, invite l'assemblée à déguster un Restigné bien de chez nous. Dommage qu'il n'y ait plus de ce St-Nectaire d'homme pour l'accompagner. Mais, assiette vide n'arrête pas l'échanson. Le Restigné coule à flot.Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin. Patrice dans sa conclusion parle des vins et des mets qui vont avec... Une échansonne égrillarde a compris : les vins et les mecs qui vont avec... Guy lui a compris : les vins et les Mecque qui vont avec... Alors quand les convives entonnent l'hymne des échansons "Allah ! allah ! santé, etc..." le président n'hésite pas, il se lance dans un vibrant discours sur l'identité nationale.Ah ! Mes amis quelle soirée, digne de la St-Guy. Avez-vous vu ces trognes rubicondes, ces yeux pétillants ? Avez-vous entendu ces rires sonores, ces commentaires passionnés ? Et patati et patata. Ah ! Ces conversations chaudes comme l'amitié. Les avez-vous ressentis, ces instants de bonheur qui s'échappaient par bouffées ? Froufroutants, réchauffe-cœur, coupe-souci. Echansons, échansonnes, buvons !